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SENEGAL-TUNISIE-CINEMA

"Rencontrer mon père", un documentaire pour une thérapie

De l’envoyée spéciale de l’APS : Fatou Kiné Sène

Tunis Carthage, 9 nov (APS) - Le réalisateur Alassane Diago dont le "Rencontrer mon père" est en compétition officielle aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC, 3-10 novembre), explique que ce film lui a permis de se soigner et de combler ’’un manque’’ lié au fait d’avoir grandi sans son géniteur.

"C’est un bien fou d’avoir rencontré mon père, je me suis soigné avec ce film, ne pas grandir avec son père est extrêmement difficile, dans le développement de notre enfance, il y a eu un manque", a souligné le réalisateur sénégalais.
 
Il intervenait après la projection de son film en première mondiale africaine à Tunis, un documentaire sensible, intime d’une heure 50 minutes.
 
Il fonctionne comme une thérapie pour son auteur, resté plus de vingt-cinq ans sans voir son père. 
 
Tout est partie de son premier film "Les larmes de l’émigration" (2010), dans lequel il raconte l’histoire de sa mère qui attend depuis 20 ans son mari parti à l’étranger. 
 
Son père s’étant senti humilié à travers ce film vu à la télévision gabonaise, a par la suite cherché à entrer en contact avec sa famille abandonnée. 
 
Le thème de l’abandon et du drame social n’a depuis cessé d’inspirer Alassane Diago, en toile de fonds de ses films.
 
Le réalisateur est désormais dans la même situation que son père et veut savoir ce qui le retient à l’étranger depuis ces nombreuses années sans donner signe de vie, sans subvenir aux besoins de ses enfants, de sa femme, sans revenir. 
 
"Rencontrer mon père" est à ce sujet la version des faits d’un père, après celle d’une mère abandonnée dans "Les larmes de l’émigration". 
 
Le film démarre par la préparation du voyage du réalisateur qui doit aller à la rencontre de son père, perspective à laquelle ne s’oppose pas sa mère catactérisée par sa résilience. Les recommandations qu’elle donne à son fils en sont la preuve.
 
La "rencontre inévitable" s’est faite au Gabon où vit désormais son père dans un environnement assez misérable depuis de nombreuses années, avec une nouvelle famille de quatre enfants (deux filles et autant de garçons) qu’il a fondée avec une Gabonaise. 
 
Sa vie est rythmée entre l’élevage de ses caprins dans sa maison et ses prières à la mosquée.
 
La caméra filme toute cette maison délabrée de l’intérieur comme de l’extérieur. Alassane Diego rencontre ses demi-sœurs et frères et essaie de comprendre.
 
Devant la caméra, le spectateur sent que le réalisateur a du mal à aborder la question qui fâche face à son personnage, il tourne autour du pot. 
 
Les questions intimes et troublantes sont sans réponse. Les échanges sont longs comme les plans du film, durs par moments. 
 
Un face-à-face au cours duquel le père masque ses émotions, de longs silences qui en disent long sur sa culpabilité. 
 
D’où ces images volontairement lentes, que le réalisateur explique par sa volonté de mieux revenir sur le temps pris par la séparation.
 
"C’était un exercice qui n’était pas facile du tout. Je ne pouvais pas débarquer comme cela et l’aborder tout de suite. Il fallait étudier la personne, c’est un pays différent, il fallait prendre en compte toute cette situation", explique le jeune cinéaste. 
 


FKS/BK