Ziguinchor : des commerçants
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Ziguinchor : des commerçants "peu emportés" par le discours des candidats

Ziguinchor, 19 fév (APS) - Un jour de marché comme un autre à Saint-Maure, principal point de vente de légumes situé à Boucotte, un des quartiers les plus connus de Ziguinchor (sud), la capitale sud du Sénégal.

Conducteurs de chariots, tabliers et gérants de cantines qui attendent encore une clientèle timide contribuent à l’effervescence sur cette place marchande très courue d’ordinaire. Mais les opérations de charme des candidats dans la zone semblent n’avoir eu que "peu d’effets" sur les habitués de ces lieux, de l’aveu de la plupart des personnes interrogées à ce sujet.
 
Après le passage des cinq candidats à l’élection présidentielle de dimanche prochain dans la capitale sud du pays, certains commerçants se considèrent comme les "grands oubliés" dans le discours des prétendants à la magistrature suprême.
 
"Personne n’a parlé des commerçants. Nous ne nous sentons pas concernés par le discours des candidats’’, affirme Aly Cissé, gérant d’une boutique d’habillement au marché Boucotte.
 
Les yeux rivés sur l’écran de son téléphone portable, Aly Cissé déplore la mise à l’écart des sujets liés au commerce, laissant entendre que tout se passe comme si les candidats ne tiennent pas vraiment compte du nombre important de citoyens sénégalais s’activant dans ce secteur.
 
"Un pourcentage important de personnes s’active dans le commerce. Quand j’écoute les candidats, j’ai l’impression qu’ils ne maîtrisent pas les enjeux commerciaux. Il y a beaucoup de bruits mais peu de projets nous concernant", s’emporte-t-il.
 
A quelques jets de pierres de la cantine d’Aly Cissé, Ibrahima Ngom, tablier de son état, dispose de plusieurs coupons de tissus sur sa grande table. Il fait montre d’une certaine indifférence, à l’évocation de la campagne électorale.
 
"Est-ce que les cinq candidats sont passés à Ziguinchor ?", s’interroge-t-il avant de confier : "Je n’en ai suivi que deux".
 
Serigne Fallou Diop a lui l’habitude de faire la navette entre Ziguinchor et la Gambie, où il se rend tous les deux jours pour s’approvisionner en marchandise.

"Je ne suis pas un fraudeur. Je vais en Gambie pour acheter des marchandises. Je passe à chaque fois au poste des douanes. Mais les taxes sont très chères. Aucun candidat n’en a parlé", s’offusque Fallou.
 
"En réalité, les petits commerçants ne sont pas dans la ligne de mire des candidats. Ils évoquent souvent les grands importateurs et exportateurs. Le commerçant moyen ne les intéresse guère", ajoute Ibrahima Ngom.
 
"Aucun candidat n’a évoqué les nombreux incendies enregistrés dans certains marchés sénégalais. Pourtant, des milliers de jeunes et de femmes s’activent dans les activités de commerce", fait remarquer Ngom, également tablier au marché Saint-Maure de Boucotte.
 
Dans une ruelle bondée du marché où les clients et les chariots se disputent la voie, Ndèye Ndiaye Dabo, la cinquantaine bien sonnée, tient sa grande cantine. Elle est assaillie par les clients qui semblent tomber sous le charme des tissus qu’elle propose. 
 
Se définissant comme "commerçante-politicienne", Mme Dabo confie s’être pleinement engagée pour la réélection du candidat sortant.
 
"J’avais fermé ma cantine durant trois jours au cours de cette campagne pour accueillir mon leader (Macky Sall). Je dirige un comité de militants dans mon quartier", fait-elle savoir.
 
Mais il faut remonter très loin pour savoir les raisons de l’engagement de Ndèye Ndiaye Dabo pour qui la politique est un "réel fonds de commerce". 
 
"Mon défunt mari était un militant engagé dans le Parti socialiste, un inconditionnel d’Abdou Diouf qui l’avait amené à La Mecque. Récemment, un responsable politique a payé ses frais de soins", raconte Ndèye Ndiaye Dabo.
 
"C’est vrai que les candidats n’ont pas parlé des préoccupations des commerçants. Mais moi je tire mon compte de la politique. J’ai payé les études pour mes fils qui sont en master dans des universités privées", dit-elle non sans fierté.
 
Malgré le sentiment de ne pas être vraiment pris en compte, les commerçants interrogés semblent pour la plupart d’autant plus déterminés à se rendre aux urnes dimanche pour s’acquitter de leur devoir citoyen.
 
"Nous sommes la masse silencieuse. Je n’ai pas accordé beaucoup de crédit aux discours des candidats. Mais dimanche, nous allons voter comme tous les autres citoyens", lance Awa Dabo, une autre commerçante du marché de Boucotte.


MTN/OAM/PON/ASG