Internet a relégué au second plan les mécanismes traditionnels de résolution des problèmes conjugaux (essayiste)
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Internet a relégué au second plan les mécanismes traditionnels de résolution des problèmes conjugaux (essayiste)

Dakar, 7 déc (APS) – Les mécanismes traditionnels de règlement des ‘’problèmes conjugaux’’ ont tendance à disparaître au profit des forums virtuels qui sont certes importants, mains moins efficaces, constate le journaliste Jean Meïssa Diop dans un essai publié récemment par les éditions Maguilen, ‘’Le cybersalon des épouses qui ont mal au lit’’ (177 pages). 
 
Diop, critique d’art et ancien membre du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) du Sénégal, en est arrivé à ce constat après une minutieuse étude du forum internet de Sentoo.
 
Ce forum virtuel offert aux internautes par la Sonatel faisait fonction de ‘’cybersalon’’ pour les femmes, auxquelles il permettait de ‘’se libérer’’ d’un certain ‘’trop-plein’’ de la vie conjugale. En clair, il leur donnait l’occasion de discuter avec d’autres internautes et de prendre conseil auprès d’eux, sur ‘’l’infidélité de leur époux’’, de leur ‘’amour extraconjugal’’, leurs ‘’relations avec la belle-famille’’, les ‘’mauvais traitements’’ infligés par l’époux, etc., rappelle le journaliste-essayiste.
 
Le portail de Sentoo n’existe plus depuis une dizaine d’années, ‘’mais d’autres’’ du genre font fureur sur Internet, ajoute Diop. Il constate que les ‘’espaces de communication-thérapie de groupe’’ organisés par les femmes sénégalaises et appelés ‘’mbootaay’’ en milieu wolof par exemple ne sont plus de saison, cédant le pas devant les forums virtuels.
 
Pourtant, la rencontre physique, que permettaient ces ‘’mbootay’’, offrait aux femmes mariées de résoudre les ‘’problèmes conjugaux’’, leur donnant l’‘’occasion de se défouler, d’échanger pour évacuer les problèmes, de se transmettre des recettes de séduction’’, souligne l’ancien journaliste du groupe Walfadjri (privé), où il a fait une bonne partie de sa carrière.
 
Les mécanismes classiques de résolution des ‘’problèmes conjugaux’’ tendant à disparaître, ‘’aujourd’hui, les femmes se retrouvent, mais plutôt autour des mutuelles de crédit. Les espaces qui auraient dû être de régulation, ou qui furent jadis de régulation, n’ont plus qu’une fonction économique’’, observe Jean Meïssa Diop. 
 
Cette évolution favorise l’émergence d’autres espaces de discussion et de résolution des crises conjugales, dont les forums virtuels, où ‘’les épouses espèrent rencontrer des personnes plus expérimentées, plus sages et plus éclairées pour leur proposer des solutions’’. 
 
Le hic, c’est qu’‘’à voir les tableaux des âges des intervenants dans le forum [de Sentoo], on est loin de ces patriarches de famille qui résolvent par leur sagacité et leur influence les conflits conjugaux d’apparence inextricable’’, analyse Jean Meïssa Diop, qui signe depuis plusieurs années la chronique hebdomadaire ‘’Avis d’inexpert’’, consacrée aux médias audiovisuels et aux réseaux sociaux.
 
Il n’existe pas assez de personnes expérimentées pour dénouer les crises conjugales, car les jeunes dont l’âge varie entre 18 et 35 ans représentent 61,81 % des intervenants sur le forum de Sentoo, fait-il remarquer, se demandant si ce segment de la population a ‘’une expérience de la vie conjugale’’. ‘’Sans doute qu’ils sont en majorité des célibataires’’ ou ‘’des novices de la conjugalité’’, affirme-t-il.
 
‘’Cette virtualité (…) aide à rapprocher les gens, les cœurs, les âmes’’, reconnaît Jean Meïssa Diop, soulignant qu’‘’il manquera toujours quelque chose dans cette relation humaine’’ établie dans le ‘’cybersalon’’ des femmes contrariées par la vie conjugale.
 
Dans ce ‘’nouvel arbre à palabres’’ offert par Internet, ajoute-t-il, ‘’les échanges autour de la question du conflit entre époux auront gagné en richesse, mais ils peuvent s’appauvrir par l’inexpérience de certains intervenants qui risquent de parasiter le débat, de le dévoyer ou d’en faire perdre l’intérêt par le chahut’’.
 
Malgré ces ‘’aléas’’, écrit Diop, ‘’la discussion sur la conjugalité via les réseaux sociaux et les forums virtuels ont ouvert des perspectives intéressantes et des possibilités aux couples’’, qui peuvent s’en servir pour ‘’briser leur solitude ou leur contrariété’’, en vue de ‘’l’épanouissement de leur ménage’’.
 
Bref, ‘’les canaux traditionnels de résolution des conflits n’existent plus, ne fonctionnent pas ou sont inefficaces’’, affirme le journaliste-essayiste. 

ESF/ASG