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SENEGAL-LITTERATURE-EXTRAITS

Les bals du 31 décembre des années 1970 vus par le chroniqueur Ibou Fall

09/03/2010 14:58 GMT

Dakar, 9 mars (APS) - Le journaliste écrivain Ibou Fall a mis à profit son dernier ouvrage intitulé ’’Banc Diakhlé’’ (ou le rendez-vous du désarroi) pour entre autres souvenirs du passé replonger ses lecteurs dans l’effervescence des bals du 31 décembre, version ados des années 1970.

Dans une chronique intitulée ’’Inoubliable premier bal de trente-et- un décembre’’, Ibou Fall écrit dans son style inimitable et teinté d’humour : à cet âge-là, un bal de trente-et- un décembre est à notre génération ce que la session budgétaire est à l’économie nationale : la question de vie ou de mort. Pire. De liberté de circuler dans les ruelles. De dignité. De droit d’être un homme, tout court’’.

Pour cette génération ‘’Soukou-soukou nabadaïne’’, il fallait être vraiment un mec pour ne pas ‘’manquer le bal de fin d’année’’. Ainsi, les jeunes à l’âge de maturité s’organisaient dans les quartiers en cotisant ‘’cinq cent francs, pas un de moins et de préférence en un seul billet’’, indique-t-il, avant d’ajouter que franchie cette étape, la génération +Soukou-soukou nabadaïne+ s’activait à chercher un local pour abriter le bal. Avec des difficultés, elle parvenait à trouver une famille qui donne son salon.

Une autre équation se présentait alors : trouver des chaises. A ce propos, le journa liste écrit : Venons-en aux chaises. Il nous en faut des rembourrées. Rien que quelques-unes. Pour les filles qu’on tient à ferrer. Faut bien qu’elles posent leurs postérieures délicats quelque part sans risquer de se déchirer quelque chose’’.

Les mêmes efforts sont déployés pour trouver un dactylographe pouvant confectionner des cartons d’invitation et à qu’on invitera en guise de rémunération. Conscients qu’il ne sera pas de la partie, les ados lancent pour se donner bonne conscience : ‘’on n’est pas des ingrats. Elle (la personne qui faisait ls cartes) ne viendra certainement pas à notre sauterie. On se jure de lui réserver deux pastels, trois akaras et trente-trois centilitres de Seven up’’.

Chouchouté sera également l’animateur du bal, soit un aîné de la bande de copains qui possède ‘’une chaîne Hifi et des disques branchés’’. Tel un VIP, on lui prépare, écrit Ibou Fall, ‘’un fauteuil, trente-trois centilitres de Coca, assiettée de beignets-akaras-pastels..’’.

’’Les intrus sont à nos bals ce que les émigrés sont aux partis d’extrême droite Europe’’, se souvient Ibou Fall qui côté filles indique que la galanterie était de mise trois mois avant la sauterie, histoire de les rassurer. ‘’On ne tape plus les filles, on ne les insulte plus. Et quand on les croise à la boutique, ce n’est pas trop que de leur offrir au moins un chewing-gum’’, note Ibou Fall.

En matière de fringues les garçons portaient le jour j ’’Hauts-Talons, Tête-de-nègres’’ et les filles ‘’robes à fleurs tape à l’œil avec d’énormes nœuds dans le dos’’.

Campé le décor, Ibou Fall décrit avec force détails le déroulement de la soirée dansante, n’oubliant surtout pas d’évoquer les angoisses des garçons au moment de danser avec les filles.

’’Quand pointe le jour, notre disc-jockey, qui est sur les rotules, débranche religieusement sa bécane et range ses reliques (….) Nous, on raccompagne en bande la starlette de la soirée. Les autres filles sont larguées en route’’, souligne Ibou qui conclut sa chronique sur cette exclamation pleine de nostalgie : ‘’ Ah, le bon temps des joies simples…’’.

Troisième ouvrage d’une série de chroniques sur la société sénégalaise, ‘’Banc Diakhlé’’ (ou le rendez-vous du désarroi) sort en début de semaine prochaine.

BHC/CTN

 
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