SENEGAL-SANTE-SIDA-PORTRAIT
Louga: le doyen des personnes vivant avec le VIH, toujours d’aplomb +++Par Abdou Kogne Sall+++
2011-11-30 11:25:00 GMT
Louga, 30 nov (APS) -
Moctar (nom d’emprunt), 59 ans, dégage l’allure d’un homme de la quarantaine. Cette apparente forme physique, signe de bien-être, est cependant trompeuse. Il est porteur du virus dont la simple évocation suscite chez certains frissons et angoisse : le VIH/Sida. Loin de l’abattre, le virus a réveillé chez lui une énergie dont il se doutait.
Deuxième individu sur lequel le virus a été officiellement découvert dans toute la région de Louga en 1995, il fait figure de doyen dans la localité. ‘’La première personne sur laquelle le virus avait été découvert est décédé. Depuis, je suis de fait le plus ancien parmi les personnes vivant avec le virus.’’
C’est tout naturellement qu’à la création en 2006 de l’association des personnes vivant avec le VIH, dénommée "Japando Siggi" (Relevons la tête en wolof) il est pressenti pour la diriger. Un rôle qu’il a accepté et qu’il semble jouer avec brio.
‘’Il est comme un grand-frère pour les uns et un père pour les autres. Il a réussi à faire de l’association une famille pour les membres. Il s’enquiert à tout moment de notre situation et nous fait la stigmatisation dont nous faisons souvent l’objet’’, témoigne Ndèye (nom d’emprunt) d’un membre de l’association qui a son siège dans un quartier de Louga.
Le leader de l’association forte de 76 membres trouve cela naturel. ‘’J’ai toujours été porté par l’aide envers les autres. Je n’ai jamais rien attendu en retour. Je sais ce que vivent les porteurs du virus. Le regard des autres est toujours pesant. A chaque fois que de besoin je leur apporterai mon aide’’, souligne-t-il.
Ironie du sort. C’est au travers d’une action de bienfaisance que Moctar a découvert sa séropositivité. Huilier d’une célèbre fabrique du pays, il participait notamment à une opération de don de sang dans son entreprise quand il découvre la nouvelle en 1995.
‘’Quelques jours après avoir donné mon sang un médecin m’a convoqué pour m’apprendre la nouvelle. Ca avait fait l’effet d’une bombe. A ce moment là , le Sida était encore considéré comme l’anti chambre de la mort, mais j’ai toujours pensé que c’est une maladie comme les autres bien qu’elle reste incurable. Je ne me suis jamais laissé abattre’’, confie-t-il.
‘’Nous sommes tous appelés un jour à mourir. Evidemment la mort j’y pense comme tout homme sur terre mais je ne dois pas laisser le virus prendre le pas sur ma vie. J’ai participé depuis à l’enterrement d’innombrables personnes non porteuses du virus. Pourquoi devrais-je penser à la mort plus que les autres’’, s’interroge-t-il, philosophe.
Un état d’esprit qui semble avoir porté ses fruits. Moctar, qui pense avoir contracté le virus en Côte d’Ivoire où il a vécu une dizaine d’années, et où il s’était marié avec une Ivoirienne avant de divorcer, renvoie l’image d’un homme bien portant.
Miracle où prouesses de la médecine ? 16 ans après la découverte du virus dans son sang Moctar révèle n’être jamais tombé malade. Son taux de CD4, dont le niveau détermine le besoin de prendre des (ARV) médicaments anti rétro viraux, est resté stable.
Il est au point de s’impliquer dans les actions de sensibilisation menées par le Programme régional de lutte contre le Sida, antenne locale du Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS).
‘’Il est important pour toute personne de connaître son statut sérologique. Le danger ne vient pas des personnes officiellement reconnues porteuses du virus, mais des gens qui l’ont sans le savoir. Il faut que tout le monde fasse le dépistage pour arrêter la propagation du virus’’, préconise-t-il.
Nul doute que le virus est loin d’avoir terrassé l’homme qui a depuis perdu son travail et qui vit aujourd’hui en dehors des activités de l’association, de projets financés par les partenaires du CNLS s’activant dans la lutte contre le Sida.
Il n’en demeure pas moins que le père d’une dizaine d’enfants dont certains sont restés en Côte d’Ivoire a un talon d’Achille. Il redoute, par-dessus tout, la réaction de certaines personnes lors qu’elles découvriraient qu’il est porteur du virus.
‘’Je n’ai pas peur de la stigmatisation. Je me préoccupe plus du sort de certaines personnes qui sont très attachées à moi et qui me voient aller et venir en ignorant mon statut. Je sais que parmi elles, certaines en seraient anéanties si elles étaient au courant, vu la diabolisation du Sida dans la localité’’, soutient-il.
L’antenne régionale du CNLS fait état d’une "baisse sensible" de l’infection au virus dans la région de Louga, dont le taux de prévalence a chuté de 0,5% en 2004 à 0,1% en 2010.
L’édition 2011 de la Journée mondiale de lutte contre le Sida sera célébrée jeudi, sur le thème : "Engageons-nous pour l’élimination d’ici 2015 de la transmission du VIH de la mère à l’enfant".
‘’La Journée mondiale du sida, organisée le 1er décembre, donne l’occasion à des personnes d’horizons divers de se rassembler pour mieux faire connaître le VIH/Sida et pour montrer leur solidarité face à la pandémie’’, indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Entre 2011 et 2015, la Journée mondiale de lutte contre le Sida aura pour thème global : "Objectif zéro : zéro nouvelle infection à VIH, zéro discrimination, zéro décès lié au Sida".
AKS/SAB