SENEGAL-FRANCE-CINEMA
Dakar, 29 juil (APS) –
jeudi 29 juillet 2010, par Abdou Kogne Sall
Le film, dont l’avant-première a été présentée jeudi au centre culturel Blaise Senghor de Dakar, est un témoignage sur la vie de Marc Guèye, un tirailleur sénégalais qui a participé à la guerre d’Indochine, entre 1953 et 1955.
L’homme, âgé aujourd’hui de 77 ans, fait part dans le documentaire de son enthousiasme à l’idée d’être enrôlé dans l’armée coloniale française. ‘’A l’époque, en tant que pensionnaire de l’école des Enfants de troupe Charles Tchororé, raconte-t-il, je m’intéressais beaucoup à la l’armée et à la guerre’’.
Le sergent Marc revient notamment sur les péripéties de son entrée dans l’armée française, les faits de guerre en Indochine et surtout les difficultés qu’il a rencontrées pour faire éditer son livre consacré à cette guerre de colonisation.
En effet, Guèye a dû attendre 37 ans, avant de voir ce livre publié récemment sous le titre ‘’Un Tirailleurs sénégalais dans la guerre d’Indochine’’ par les Presses universitaires de Dakar (PUD).
‘’La réalisation de ce volume a été une véritable traversée du désert eu égard à 37 ans d’attente’’, a souligné l’auteur du livre présenté comme une œuvre ‘’écrite en toute clandestinité sur des paquets de cigarette vides, sur son vécu, les affres du conflit’’, rapporte le document de présentation du documentaire.
Le vétéran, qui se définit comme un ‘’écrivain tirailleurs’’, est peint dans le film comme un homme d’une ‘’âme rayonnante de générosité, de sagesse et fondamentalement opposée à la guerre’’.
En dépit sa fierté d’avoir participé avec courage à cette guerre coloniale, le sergent Guèye donne, dans le documentaire, l’image d’un homme profondément meurtri par ce qu’il a vécu et notamment pour s’être affronté avec des combattants d’Indochine.
‘’Sur les champs de batailles, les combattants nous hurlaient : pourquoi vous battez-vous contre nous alors que êtes colonisés ?’’ déclare-t-il dans le film avec une certaine amertume. Pour autant, il rejette avec fierté toute idée de capitulation de la France. ‘’La France n’a jamais capitulé. Il y a eu un cessez-le-feu’’, soutient-il.
Ce qui n’empêche pas au vieil homme, qui vit dans la promiscuité avec sa famille d’être très remonté contre l’ancienne puissance coloniale. ‘’Si c’était à refaire, assène-t-il, je ne l’aurais pas fait’’.
‘’La France n’est pas le pays des droits de l’homme. Ils (les Français) vous disent nous sommes le pays de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité. Mais c’est faux’, réagit-il à propos de la cristallisation des pensions de retraite des anciens combattants africains.
‘’Si nous avions été mis dans les mêmes conditions que nos frères d’armes français, j’aurais pu construire une maison acceptable (…). Ils sont mauvais et méchants’’, dit-il, non sans évoquer un passage de son livre parlant d’un officier français se glorifiant de la présence éternelle de la France en Afrique.
Gagné par l’émotion à l’évocation de ce passage rappelant une certaine humiliation, et probablement un très grand dépit du peu de reconnaissance de la France aux tirailleurs sénégalais, le sergent Marc Guèye fond en larmes.
AKS/EMC/AD